Les cadres réclament plus de transparence salariale

Rédigé le 30/11/2025

S’ils bénéficient d’une hausse de +1,8 % de la rémunération médiane, 64 % des cadres attendent plus de transparence salariale de la part des entreprises, selon le baromètre annuel de l’Apec.

L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) organisait le 18 novembre la prĂ©sentation de son baromètre annuel sur l’évolution des rĂ©munĂ©rations des cadres. Une confĂ©rence dont le timing n’est pas anodin. Â« Nous sommes en pleine pĂ©riode des NAO et de ralentissement de l’inflation Â», explique Laetitia Niaudeau, directrice gĂ©nĂ©rale adjointe de l’Apec. Â« Dans ce contexte, nous pensons que les chiffres Ă  venir seront particulièrement instructifs. Â»

Des augmentations, mais pas pour tout le monde

Selon le baromètre annuel de l’Apec, alors que l’inflation tombe Ă  1 % seulement en 2025 (contre 2 % en 2024 et 4,9 % en 2023), la rĂ©munĂ©ration mĂ©diane (fixe + variable) des cadres atteint 55 000 euros, soit + 1,8 % par rapport Ă  2024. La rĂ©munĂ©ration moyenne grimpe Ă  64 000 avec un 1er dĂ©cile Ă  38 000 et un 9e dĂ©cile Ă  95 000. La mĂ©diane fixe, elle, est de 52 000 euros.

Une tendance encourageante, donc, mais qui ne masque pas certaines rĂ©alitĂ©s contrastĂ©es. Notamment le fait que près de la moitiĂ© des cadres n’a reçu aucune augmentation cette annĂ©e : Â« la part des cadres ayant dĂ©clarĂ© bĂ©nĂ©ficier d’une augmentation en 2025 a baissĂ© Ă  53 %, dont 51 % des femmes », prĂ©cise HĂ©lène Garner, directrice des DonnĂ©es et Études de l’Apec. Un recul de 7 points par rapport Ă  2024 (60 %), et infĂ©rieur aux chiffres de 2023 (59 %) et de 2022 (57 %).

Les moins de 30 ans et les hommes, premiers bénéficiaires

Les Ă©carts de genre persistent Ă©galement sur le fait de bĂ©nĂ©ficier d’une part variable, qui concerne 54 % des hommes cadres, mais seulement 45 % des femmes.

De plus, Â« depuis 2019, les inĂ©galitĂ©s salariales entre les femmes et hommes Ă  poste et profil identique n’ont quasiment pas reculĂ©. Après une hausse de 0,6 % en 2020, elles ne baissent de 0,1 % par an en moyenne. Elles sont de 6,8 % aujourd’hui Â», expose-t-elle. Un aspect rassurant, toutefois, est que cet Ă©cart n’est que de 2 points chez les nouvelles gĂ©nĂ©rations (moins de 35 ans), contre 12 % chez les 55 ans et plus.

Au niveau des tranches d’âges, 66 % des cadres de moins de 30 ans, 59 % des 30 Ă  39 ans, 51 % des 40 Ă  49 ans et 42 % des plus de 50 ans ont reçu une augmentation. Des chiffres en baisse par rapport Ă  2024, mais plus Ă©levĂ©s qu’en 2023.  Si les jeunes sont les premiers bĂ©nĂ©ficiaires de ces augmentations, leur rĂ©munĂ©ration mĂ©diane reste la plus basse, Ă  43 000 euros annuels, contre 52 000, 60 000 et 62 000 pour les autres tranches d’âges.

Transparence salariale, un tabou français ?

Mais, dans ce contexte de maintien des inĂ©galitĂ©s, quelle est la perception des entreprises et des cadres (notamment manageurs) sur la transparence salariale ? Ă€ quelques mois de la directive europĂ©enne renforçant les obligations des entreprises en la matière, prĂ©vue pour le 7 juin 2026, l’APEC a Ă©galement prĂ©sentĂ© les rĂ©sultats d’une Ă©tude comparative europĂ©enne (France, Allemagne, Italie et Espagne) sur ce sujet.

Premier enseignement de l’étude, le fait que 64 % des cadres français -dans la moyenne des autres pays européens- estiment que les salaires de chacun devraient être connus de tous dans l’entreprise. Cette proportion monte à 71 % chez les moins de 35 ans, mais retombe à 59 % chez les plus de 55 ans.

D’ailleurs, comparĂ© aux autres pays europĂ©ens, les cadres français sont plus nombreux (46 %) Ă  juger leur entreprise comme « opaque Â» en matière de salaires, contre 38 % des Allemands, 33 % des espagnols et 28 % des italiens. De plus, 81 % considèrent qu’il est difficile de savoir qui a Ă©tĂ© augmentĂ©, 74 % de connaĂ®tre les salaires rĂ©els par poste et 66 % d’accĂ©der Ă  une grille de salaire.

L’opacité est telle qu’un français sur deux a du mal à se situer leur salaire par rapport à ceux d’un poste similaire dans d’autres entreprises… mais aussi à leurs propres collègues en interne.

Les entreprises à la traîne

Un long chemin reste donc à parcourir pour que les entreprises respectent les prérogatives de la loi sur la transparence salariale. Elle exigera notamment d’afficher les salaires sur les offres d’emploi, de communiquer clairement les critères de rémunération aux employés, et pour les entreprises de plus de 100 salariés, de corriger les écarts salariaux supérieurs à 5 % à poste égal. Aujourd’hui, seules 12 % des entreprises disent avoir déjà pris des mesures pour se conformer à la future directive, et 14 % ont commencé à en discuter. Les grands groupes sont plus actifs (38 % au total) que les PME (26 %).

MalgrĂ© ces rĂ©ticences, les entreprises font preuve d’un certain paradoxe : 74 % des manageurs demandent systĂ©matiquement ou souvent aux candidats leur salaire actuel/prĂ©cĂ©dent, mais seulement 46 % indiquent des informations salariales dans leurs offres d’emploi !

Toujours selon l’étude relatée par l’Apec, les entreprises identifient quatre obstacles majeurs : l’investissement nécessaire pour la mise en conformité, la difficulté à justifier objectivement les écarts actuels (63 % des manageurs), la crainte de conflits à la suite des révélations (62 %), et la peur que l’affichage des salaires décourage certains candidats (38 %), ou attirer des candidats uniquement intéressés par le salaire.

Pourtant, dans un contexte oĂą les questions de disparitĂ© salariale prĂ©occupent de plus en plus les français, intĂ©grer cette directive sera particulièrement bĂ©nĂ©fique pour les entreprises, affirme Gilles Gateau, Directeur gĂ©nĂ©ral de l’Apec : Â« elle amĂ©liorera l’efficacitĂ© des processus de recrutement, la motivation Ă  la performance, et permettra, si elle est respectĂ©e, de renforcer la confiance entre les salariĂ©s et les employeurs Â». Combien de temps auront les entreprises pour se mettre en conformitĂ© face Ă  la loi ? Â« C’est encore une inconnue Â», reconnait-il, Â« mais cela fera sans doute partie des Ă©lĂ©ments de la transposition. Â»

Propos recueillis par François Tassain

Source: CFE-CGC